lundi 12 août 2024

Douzième univers de sens

 

 Douzième univers de sens

Avec ce penchant ineffable pour l’Equivoque qu’il cultiva en toutes circonstances et qui, sa vie durant, lui tint lieu de sourire intérieur, il fit promettre à sa compagne - Fleur Habitson -, quelques jours seulement avant de disparaître, de ne pas s’engager dans la rédaction des péripéties relatives à son effacement programmé, tant que les vents coalisés de l’oubli ne seraient pas parvenus à balayer les ultimes pollutions rhétoriques attachées à son nom. Parmi celles-ci figurait un douzième univers de sens qui sera sans doute perçu par les Sherlock Holmes de l’avenir comme la clé de compréhension englobant les onze univers précédents. Il me fut révélé par Pilar El Temouc, la traductrice de Plume, pinceau et bistouri. L’objet d’intrigue figurant dans La revanche d’Athéna ne peut pas être le fruit de l’imagination débridée d’Ignolargo Sefes car sa peinture date seulement de 1893. Or, les historiens uqbariens sont tous d’accord pour dire que le jeu de l’œuf, avec son illustration contemporaine, n’est qu’une reprise tardive de celui du douzième siècle dont le titre d’origine (Leda et le signe) est une homophonie du mythe grec de Leda et le cygne qui en constitue le prétexte iconographique. Si ce jeu fut interdit par la papauté, ce n’est pas tant pour sa dimension sexuelle sulfureuse que pour les symboles qu’il véhiculait, en particulier cette forme récurrente, toujours habilement dissimulée, que l’on retrouve dans nombre de peintures célèbres, toutes antérieures à La revanche d’Athéna ! Qu’il existe d’innombrables versions de ce mythe païen avec un signe étrange venant concurrencer, par sa présence discrète, le cygne de la scène érotique, n’a été mentionné par aucune sommité de l’iconologie. Cet aveuglement devant les détails d’une peinture pourraient nous conduire à penser que les historiens de l’art n’ont d’yeux que pour la figure centrale ! Mais si l’on trouve copieusement trace de ce signe, durant plusieurs siècles, dans des peintures antérieures à celle de Sefes, on peut aussi le repérer dans bon nombre de productions contemporaines, surtout dans celles d’anartistes du Paradox’art. Ce signe est présent aussi bien chez Line Boucliez que chez Elsa Gambes, Manon Doucetti, Amina Solisti ou encore Chet Arpius. Ce qui laisse à penser qu’il existe une filiation secrète codée reliant tous ces peintres et que ce signe, le plus souvent discret, est un symbole d’appartenance, un emblème de ralliement à une certaine tradition gnostique héritière des Euchites.